Quels progrès avons-nous accomplis en matière d’informatique durable ?
Les technologies durables apparaissent rarement sous une forme pleinement aboutie. Le progrès résulte plus souvent d’une succession d’améliorations qui rendent progressivement les systèmes plus efficaces.
Les premières ampoules électriques ont transformé la vie quotidienne, mais selon les standards actuels, elles étaient particulièrement inefficaces. Environ 90 % de l’électricité alimentant ces premières ampoules à filament était dissipée sous forme de chaleur plutôt que transformée en lumière visible.
Au fil du temps, les ingénieurs ont introduit de meilleurs matériaux, de nouvelles technologies d’éclairage et des conceptions plus performantes. Aujourd’hui, une ampoule LED peut produire le même niveau d’éclairage en utilisant seulement une fraction de l’énergie nécessaire auparavant.
L’informatique a suivi une évolution similaire
Les technologies numériques consomment des ressources importantes, mais l’informatique moderne est aujourd’hui bien plus efficace qu’elle ne l’était auparavant. Ces progrès méritent d’être examinés.
Une décennie de gains d’efficacité remarquables
Selon l’Agence internationale de l’énergie, la croissance du trafic Internet et des services numériques au cours des années 2010 ne s’est pas accompagnée d’une augmentation équivalente de l’énergie nécessaire à leur fonctionnement.
En 2020, le trafic Internet mondial était environ vingt-cinq fois plus élevé qu’en 2010.
Le nombre d’internautes dans le monde a plus que doublé au cours de la même période.
Les centres de données et les réseaux de transmission ont accompagné cette expansion rapide sans augmenter leur demande énergétique au même rythme.
À première vue, ce résultat peut sembler contre-intuitif. Davantage de trafic, d’applications, de données et d’appareils connectés auraient dû entraîner une augmentation proportionnelle de la consommation de ressources.
Pourtant, ce n’est pas ce qui s’est produit. Alors que la demande de services numériques continuait d’augmenter, les ingénieurs, les équipes d’infrastructure et les fournisseurs de technologies ont continuellement trouvé de nouvelles manières de rendre l’informatique plus efficace.
Le résultat est un écosystème numérique capable de prendre en charge une activité bien plus importante que les systèmes précédents, tout en utilisant les ressources de manière plus performante.
Plusieurs évolutions ont agi conjointement
Ces progrès ne sont pas le résultat d’une innovation unique. Ils reposent sur des améliorations apportées aux infrastructures, aux logiciels, aux opérations et aux modes de production de l’électricité.
Conception et refroidissement des centres de données
Virtualisation et consolidation des charges de travail
Cloud et infrastructures hyperscale
Meilleure visibilité sur la consommation des ressources
Sources d’électricité moins carbonées
Les centres de données sont devenus plus efficaces sur le plan énergétique
L’un des domaines où les progrès ont été les plus visibles concerne les centres de données eux-mêmes. Au cours de cette période, les opérateurs ont amélioré la manière dont les infrastructures informatiques étaient conçues, refroidies et administrées.
Les avancées réalisées dans le matériel serveur ont permis de fournir davantage de puissance de calcul par watt consommé. Dans le même temps, l’amélioration des systèmes de refroidissement a réduit la quantité d’énergie nécessaire pour maintenir les équipements dans des conditions de fonctionnement sûres.
Le secteur s’est également orienté vers le cloud et les centres de données hyperscale. Les optimisations apportées à la conception et à l’exploitation des infrastructures ont permis de réduire les coûts énergétiques liés au refroidissement et à la distribution électrique. Une plus grande part de l’électricité pouvait ainsi être directement consacrée aux opérations informatiques.
Grâce à ces évolutions, une plus grande part de l’électricité alimentant un centre de données pouvait être consacrée aux opérations informatiques, plutôt qu’au fonctionnement des infrastructures qui les entourent.
Virtualisation, cloud computing et meilleure utilisation des serveurs
Pendant de nombreuses années, les organisations ont acheté des serveurs physiques destinés à des applications spécifiques, laissant souvent une grande partie de leur capacité de calcul inutilisée. Un serveur pouvait fonctionner pendant une grande partie de sa durée de vie bien en dessous de sa capacité maximale, tout en continuant à consommer de l’électricité et à nécessiter un système de refroidissement.
La virtualisation a contribué à faire évoluer cette situation en permettant à plusieurs charges de travail de fonctionner sur un même serveur physique. Le cloud computing a accéléré cette tendance en mutualisant les ressources informatiques au sein de vastes infrastructures et en allouant les capacités là où elles étaient réellement nécessaires.
Les organisations ont ainsi pu accomplir davantage avec moins de machines physiques, augmenter le taux d’utilisation des serveurs et mieux exploiter les ressources existantes.
Ces évolutions ont réduit le gaspillage, amélioré l’efficacité et permis de répondre à la croissance de la demande numérique sans nécessiter une augmentation proportionnelle du matériel. Dans de nombreux cas, les progrès ne sont pas venus de la construction de nouvelles infrastructures, mais d’une utilisation plus efficace des infrastructures existantes.
Mesurer et éliminer le gaspillage numérique
Tous les gains d’efficacité ne sont pas issus d’améliorations majeures apportées aux infrastructures. Certains ont résulté d’une meilleure compréhension de la manière dont les services numériques consommaient les ressources.
À mesure que les pratiques de monitoring et d’observabilité ont gagné en maturité, les organisations ont disposé de nouveaux moyens pour identifier les processus inefficaces, les transferts de données inutiles, les applications mal optimisées et d’autres formes de gaspillage numérique.
Une meilleure visibilité a facilité le ciblage des améliorations. Plutôt que d’ajouter systématiquement de nouvelles infrastructures pour résoudre chaque problème de performance, les équipes pouvaient souvent obtenir de meilleurs résultats en optimisant les systèmes existants, en réduisant leur complexité et en supprimant les comportements inefficaces.
Ce passage de l’estimation à la mesure a contribué à faire de la durabilité une préoccupation concrète pour les équipes d’ingénierie, plutôt qu’un objectif purement théorique.
Comprendre la consommation des ressources
Collecter des données fiables sur les applications, les infrastructures, les transactions et les services numériques.
Localiser les sources d’inefficacité
Détecter le gaspillage, la complexité inutile et les comportements qui consomment des ressources sans produire une valeur proportionnelle.
Mesurer les effets des améliorations
Évaluer si les efforts d’optimisation réduisent l’utilisation des ressources tout en préservant les performances et l’expérience utilisateur.
Comprendre l’impact environnemental de vos services numériques
Les outils modernes d’observabilité et de mesure de l’expérience numérique peuvent aider à identifier les processus inefficaces, à quantifier l’utilisation des ressources et à suivre les effets des optimisations dans le temps. Découvrez comment Ekara Green contribue à rendre votre portefeuille applicatif plus responsable.
Énergies renouvelables et infrastructures numériques moins carbonées
L’efficacité n’est pas le seul domaine dans lequel des progrès ont été réalisés. De nombreux fournisseurs de technologies et opérateurs de centres de données ont également investi dans des sources d’électricité moins carbonées et dans des pratiques d’exploitation plus durables.
L’approvisionnement en énergies renouvelables a pris une place de plus en plus importante dans les stratégies d’infrastructure numérique. Il a contribué à réduire l’intensité carbone de l’électricité utilisée pour alimenter les services numériques.
Ces efforts n’ont pas supprimé l’impact environnemental de l’informatique, mais ils ont complété les gains d’efficacité obtenus dans d’autres domaines.
Ensemble, des infrastructures plus efficaces et une électricité moins carbonée ont contribué à améliorer la durabilité des opérations numériques tandis que la demande de services en ligne continuait de progresser.
Le chapitre actuel de l’informatique durable : le défi de l’intelligence artificielle
Les gains d’efficacité et l’utilisation croissante des énergies renouvelables obtenus au cours des décennies précédentes n’ont pas supprimé les préoccupations environnementales. Ils ont plutôt créé une base plus durable pour accompagner la croissance du numérique. L’intelligence artificielle constitue aujourd’hui la nouvelle mise à l’épreuve de ce modèle.
La demande d’électricité des centres de données a augmenté de 17 % au cours de la seule année 2025, dépassant nettement la croissance globale de la demande mondiale d’électricité.
La consommation mondiale d’électricité des centres de données pourrait doubler d’ici 2030, tandis que les infrastructures dédiées à l’IA devraient connaître une croissance encore plus rapide de leur demande énergétique.
Des études récentes montrent que la demande d’électricité des centres de données augmente rapidement avec le développement des charges de travail liées à l’IA. Les recherches menées par le secteur dressent un constat similaire : des systèmes de plus en plus puissants nécessitent davantage de capacité de calcul, d’électricité et d’infrastructures de support.
Il serait toutefois incorrect de considérer cette évolution comme un retour en arrière par rapport aux progrès déjà accomplis. Le même secteur qui a amélioré l’efficacité des centres de données, augmenté l’utilisation des serveurs, optimisé le refroidissement et développé de nouvelles méthodes pour identifier le gaspillage applique désormais ces enseignements à une nouvelle génération de systèmes.
L’intelligence artificielle est elle-même de plus en plus utilisée pour améliorer l’exploitation des infrastructures, la gestion de l’énergie et l’efficacité du refroidissement. Les chercheurs, fournisseurs d’infrastructures et éditeurs technologiques explorent également des innovations allant de matériels et architectures de modèles plus efficaces à de nouvelles approches en matière de production et d’approvisionnement en énergie.
L’intelligence artificielle n’a pas mis fin à l’histoire de l’informatique durable. Elle en a ouvert un nouveau chapitre.
La question n’est plus de savoir si les gains d’efficacité sont importants : ils le sont clairement. Le défi consiste désormais à appliquer ces améliorations suffisamment rapidement pour suivre le rythme de la vague actuelle de demande numérique et de développement de l’intelligence artificielle.
Comment améliorer l’efficacité informatique assez rapidement pour suivre le rythme de la demande actuelle ?
Les prochains chapitres de l’informatique durable
Jusqu’où sommes-nous allés en matière d’informatique durable ? Les données disponibles suggèrent que les progrès accomplis sont plus importants que beaucoup ne l’imaginent.
La croissance du numérique a été soutenue par des gains d’efficacité continus
Les ingénieurs, les équipes d’infrastructure et les fournisseurs de technologies ont progressivement amélioré la manière dont les systèmes numériques sont conçus, exploités et mesurés. Ces avancées ont contribué à réduire le gaspillage tout en accompagnant la forte croissance des services numériques.
Des centres de données plus efficaces
Une meilleure utilisation des infrastructures
Un refroidissement et des opérations mieux optimisés
Des gains d’efficacité à l’échelle du cloud
Une meilleure visibilité sur l’utilisation des ressources
Au cours des dernières décennies, les ingénieurs, les équipes d’infrastructure et les fournisseurs de technologies ont trouvé de nouvelles manières de rendre les systèmes numériques plus efficaces. Des centres de données plus performants, une meilleure utilisation des ressources, un refroidissement plus intelligent, les gains d’efficacité du cloud à grande échelle et une visibilité accrue sur la consommation des ressources ont tous contribué à réduire le gaspillage, tout en accompagnant la forte croissance des services numériques.
L’histoire de l’informatique durable n’est toutefois pas une succession de victoires définitives. Chaque avancée résout certains problèmes tout en faisant apparaître de nouveaux défis.
Aujourd’hui, l’intelligence artificielle met à l’épreuve la capacité du secteur à poursuivre ses gains d’efficacité face à une demande en forte croissance. Demain, le prochain défi pourrait provenir d’un tout autre domaine.
L’informatique durable repose sur une amélioration continue
Développer de meilleures approches
De nouvelles architectures, technologies et méthodes d’exploitation permettent de créer davantage de valeur avec moins de ressources.
Comprendre l’impact réel
Des données fiables permettent d’identifier les inefficacités, de quantifier la consommation des ressources et de prioriser les améliorations les plus pertinentes.
Progresser dans le temps
Chaque optimisation apporte de nouveaux enseignements susceptibles d’orienter la prochaine génération de systèmes, de pratiques et de décisions.
L’informatique durable n’est pas une destination. C’est un processus continu.
Si l’histoire de l’informatique durable nous enseigne quelque chose, c’est que les progrès significatifs se produisent rarement en une seule fois. Ils émergent à travers une succession d’améliorations, chacune répondant aux besoins et aux contraintes de son époque. L’informatique durable est un processus continu d’innovation, de mesure et d’optimisation, et le prochain chapitre est déjà en train de s’écrire.